Parfois les Cotons de tuléar  prennent la mouche et se mettent à faire n’importe quoi pour manifester leur mécontentement. Par exemple si on les prive de pâté ils deviennent de véritables boules de haine. Ils dévorent leur maître et profanent des tombes. Ils se comportent comme des tyrans et ça a le don de m’exciter. J’imagine souvent que ma queue glisse dans leur fourrure. C’est drôlement pervers et il y a quand même le risque que je me fasse croquer tout cru le pénis. D’autant plus si le Coton est en furie. Mais le jeu en vaut la chandelle.

- J’en chie de peur rien que d’y penser. Car ce serait terriblement  douloureux…

J’étale ma propre merde sur leur petit pelage blanc et je m’écroule par terre pour me mettre à leur hauteur, je m’écroule comme un gros sac, je m’écroule parmi eux. Mon dieu comme je jouis. Je suis dans mon élément. J’hurle de rire, j’aboie avec eux, c’est une parfaite petite fête que voilà. Cependant nous ne nous amusons pas. Nous vivons nos vies. Nos vies sont dirigées ainsi. Cette petite scène qui ferait fureur sur petsex.com émane en fait d’un profond déterminisme. Tout est calculé, tout est programmé. C’est une scène quotidienne bien ordinaire. Comme il y en a eu tant par le passé et comme il y en aura tant d’autres. Nous pataugeons dans nos excréments. Joyeusement. C’est notre petite clope du midi. C’est notre apéro entre potes à nous. C’est notre petite sortie du samedi soir.

IRL je possède 7 Cotons. J’habite dans un 15m² très bien isolé. Malgré cela, on entend aux alentours les aboiements de nos petits compères. Le voisinage se plaint. Bourre ma boîte aux lettres de menaces. Appelle les flics. Appelle les services sociaux. Appelle les associations protectrices des animaux. Sonne à ma porte et me cherche des ennuis. Bref, le voisinage joue son rôle de voisinage. Braves voisins. S’ils savaient…

Mes Cotons n’ont pas de litière car j’estime pouvoir jouer ce rôle. Je me délecte de leurs déjections. C’est un fait. J’absorbe urine et excréments avec plaisir. Je ne rechigne pas là-dessus, bien au contraire. Nous n’avons pas signé de contrat les Cotons et moi, mais si jamais je laisse l’un d’entre eux déféquer ailleurs que dans ma bouche je dois me rendre au tribunal de mon propre gré et convaincre un juge de me punir. Bien évidemment cela n’arrive pas souvent tellement je suis friand de leur merde, mais je ne fais pas le fier quand je dois expliquer au juge la raison de ma visite. Un juge appartient au monde réel, il appartient à la société, mais il n’en demeure pas moins qu’il reste un homme. Et en chaque homme il y a une multitudes de dérives possibles. Ça va vite vous savez. On parle mal à un client à son travail. On baise mal sa femme. Et on se retrouve vite à la rue et tout seul. Et si jouer les clochards à bergers allemands ne vous convient pas il reste le suicide ou habiter chez son cousin. Mais ça c’est une autre histoire… En réalité quand cela se produit, le juge m’expédie très rapidement au moyen d’une sentence bien prononcée et je dois rentrer à la maison la tête dans les chaussettes où les cotons m’attendent avec les crocs bien aiguisés.

- Je peux les affamer plusieurs jours de suite.

Je recouvre mon corps de croquettes, de couennes de jambon blanc et de charcuteries diverses. Je suis la table du banquet final que l’on dresse dans Astérix. Je suis une assiette en carton. Je suis dans une drôle de situation ! Ça chatouille énormément et quand je regarde ensuite la vidéo du festin de mes Cotons, j’éprouve une grande jouissance. Cette jouissance est liée à la honte ultime qui m’envahit. La honte d’être mis à nu parmi les chiens. La honte d’être immobile. La honte de se faire lécher. Car oui je me filme. Oui je fais des petits montages que je balance sur petsex.com. Oui je passe mes nuits à lire les commentaires des internautes qui s’affolent devant mes vidéos. Et alors ? Il faut bien satisfaire son besoin d’exister.  Et en plus d’exister et d’être en passe de devenir une petit star du web animal, j’envisage de gagner un peu d’argent avec ma passion des Cotons.

- En effet.

J’ai pour projet la sortie d’un cd 2 titres. Avec en face A « Putain y a de ces tarés j’te jure« . Et en face B « Mais c’est de moi dont ils parlent« . La pochette du cd est le visuel ci-dessus. Mon nom d’artiste est David Guetta. C’est déjà pris par quelqu’un mais on va dire que je ne le savais pas.

La face A « Putain y a de ces tarés j’te jure » compile les réactions d’un panel d’internautes triés sur le volet auxquels on soumet le visionnage de mes vidéos.  Une centaine de personnes ont donc été à leur tour filmées en train de regarder mes exploits. La phrase qui ressort le plus à l’issu des projections étant  Putain y a de ces tarés j’te jure , j’ai décidé de faire un montage techno de cette phrase. Phrase qui au final aura pour vocation à devenir un véritable slogan publicitaire. Durant les 3:30 de la chanson, le slogan sera martelé des dizaines de fois par des gens différents à des tempos et rythmes eux-aussi différents. Avec des effets de reverbes, d’échos et de ce genre de choses. Le tout est de sonner juste.

La face B Mais c’est de moi dont ils parlent est une réaction virile de ma part à la face A. Car si pour la face A ce sont les internautes qui font office de chanteurs, pour la face B c’est bien moi qui suis derrière le micro. Dès le début je ne laisse pas de place au doute concernant le ton de la chanson. Ça sera une chanson colérique remplie d’indignation. Car si je sais être très doux avec mes Cotons je sais parfois aussi me mettre en colère. Je suis habité par une colère noire envers les internautes. Je passe par différents niveaux de colère : une colère lyrique pour le premier couplet ; j’en fais des caisses en articulant les syllabes comme un orthophoniste « Mais-c’est-de-moi-dont-ils-par-lent », une colère agressive pour le deuxième couplet et enfin une colère aiguë pour le dernier couplet. Les paroles restent les mêmes que le titre de la chanson. C’est toujours calibré 3:30 et c’est Cheb Mami qui m’accompagne à la trompette. C’est bruyant et peu mélodique ; ça me convient très bien.

J’espère me hisser en haut du top 50 avec les 2 faces. Pour cela, j’envisage éventuellement de m’attaquer à la concurrence. Mais c’est un autre combat et je ne suis pas sûr de le gagner.